
Bonjour Amy Shark, tu es l’auteure de Jour de Chance pour les salauds. Est-ce que tu pourrais nous présenter ton livre en quelques mots s’il te plait ?
C’est l’histoire d’un salaud, d’un salaud qui est à la fois antipathique parce que c’est un salaud, et sympa aussi parce qu’il a ce côté sympathique du salaud qui arrive à échapper aux mailles du filet, ce qui le rend plus irritant mais aussi, dans une certaine mesure, plus attachant.
D’accord, et donc il lui arrive des choses…
Il est absolument infect, c’est le personnage qu’on aimerait vraiment voir puni à la fin, ce qui n’arrive pas forcément.
On peut dire que ce n’est pas le gendre idéal ?
Ce n’est pas le gendre idéal, non.
Alors, j’ai lu ton livre, j’ai écrit un article sur Passion-bouquins et il y a des passages que je n’ai pas osé raconter tellement ils sont scabreux. Comment peut-il te venir à l’esprit d’écrire des choses aussi monstrueuses dans tes bouquins ? Tu lis de la littérature gore ? C’est un genre que tu aimes ?
Le livre est un objet qui peut véhiculer des choses très différentes. Ce n’est pas forcément non plus de la littérature. Il y a ce qu’on appelle les romans à l’eau de rose, n’est ce pas, il y a la littérature romantique, elle n’est certainement pas à mettre à la poubelle, ce n’est pas du tout ce que je veux dire, mais pour moi, la littérature consiste plutôt dans une histoire solide, un bon, un méchant, le bien et le mal, la justice. Ce sont des questions qui se posent naturellement au cours de l’écriture, je n’ai pas à les marteler, à les faire venir, elles se posent aussi naturellement au lecteur à travers l’écriture du Salaud. Donc forcément il y a des passages qui seront durs, qui seront scabreux, mais aussi beaucoup d’humour, je l’espère. Il y a aussi des passages carrément loufoques. Je crois qu’il faut aussi laisser aller son imagination mais je pense que le texte doit fonctionner avec une victime, un bourreau ; ça ne veut pas dire forcément qu’on exalte le côté mauvais. Parce que pour vraiment sentir la souffrance de la victime il faut quand même apprécier la cruauté du salaud. Tout ça c’est complémentaire.
Le mois dernier j’ai interviewé Jonathan Férin, qui a écrit Barbie tue Rick. Votre genre m’a semblé présenter quelques similarités…
Oui, on est un peu dans le même état d’esprit au sens où c’est une littérature de la révolte.
Je vais te poser la même question qu’à lui : est-ce que tu penses que la littérature contemporaine et particulièrement ce genre de littérature révoltée peut avoir un vrai impact ?
Elle est révoltée, ça c’est sûr. Que cette révolte ait un impact, ça dépend du lecteur. Mais tout d’abord il faut qu’elle soit lue, il faut qu’elle rencontre un public, c’est à dire des éditeurs et des lecteurs. Je pense qu’elle peut avoir un impact au sens où elle n’impose pas de réponse, au sens où c’est vraiment une révolte pure et simple qui ne prétend pas imposer un modèle de société, une utopie. C’est un cri de révolte, l’expression d’une révolte, à partir de là les gens peuvent eux-mêmes se poser des questions et tirer les leçons qu’ils veulent en tirer .
A eux de décider ce qu’ils vont en faire.
Voilà, à eux de décider ce qu’ils vont en faire. Et peut-être qu’ils n’en feront rien du tout. Mais l’essentiel pour moi c’est que c’est une littérature qui questionne. Je dirais que toute la littérature fantastique aujourd’hui, fantastique, S-F, avant-gardiste un peu, tu vois, Barbie tue Rick ou Jour de Chance pour un Salaud et ses suites puisqu’il y a deux tomes qui vont suivre, c’est une littérature qui questionne, pour moi c’est ça l’essentiel.
Justement, parle nous de la suite, quels sont tes projets littéraires dans l’immédiat ? Comment ça se passe pour les gens qui ont lu Jour de Chance pour les Salauds et qui ne veulent pas s’en tenir là avec Amy Shark ?
Ils ne veulent pas s’en tenir là parce qu’ils veulent savoir si le salaud va finalement être puni. Dans les volumes qui vont suivre on va voir l’évolution du salaud et aussi l’évolution du salaud dans la société. Comment la société a fini par l’accepter. Donc il y a une sorte d’éclatement du salaud. On va passer du salaud aux salauds, au pluriel en fait.
Tu continues donc la suite des aventures de Kévin Kowinski ?
Tout à fait. Et non seulement ça mais je les prolonge à travers les aventures de son fils puisque nous allons voir que les salauds peuvent aussi se reproduire. Les questions se posent, qui sont de vraies questions. Si tu lis les faits divers par exemple, tu vois bien qu’il y a un tas de … prenons le prototype du tueur en série, qui est mon personnage. Tu vois qu’ils ont des familles souvent tout à fait normales, avec des enfants qui sont des anges, qui n’ont aucune idée de ce qu’a fait leur père. On entend même des femmes qui tombent des nues en disant "Quoi ? Comment ? Mais c’était le mari parfait, le père parfait, le voisin parfait… ", tu vois ? Donc il y a ce thème de l’apparence, de la vérité, tout ça est questionné. Comment le fils peut-il vivre ou revivre les aventures de son père, par rapport à lui, à sa propre histoire, à son propre développement, à sa propre morale ? Voilà, c’est la suite de Kowinski.
Tu as signé avec un éditeur ? Il y a un titre ? Une date de parution ?
Le titre c’est Graine de Héros. Il devrait sortir avec le même éditeur (Société des Écrivains). Et après il y aura un troisième volume qui pose la question de façon encore plus vaste, et là on tombe dans le fantastique le plus complet avec le règne animal, enfin beaucoup plus symbolique peut-être. Celui-là s’appellera De sel et de Sang et je ne sais pas du tout quand il paraîtra ni si ce sera avec le même éditeur mais en tout cas toute la trilogie est déjà écrite. Parallèlement, un recueil de sept nouvelles devrait paraître en septembre chez Fantasiabook : "Pas de R.G. en Enfer", qui rassemble une jolie panoplie d’autre salauds divers et variés…
Je te félicite Amy, je suis pressé de lire la suite et je te souhaite un bon succès littéraire avec cette trilogie.
Merci Christophe.

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